
{"id":791,"date":"2020-07-05T10:14:48","date_gmt":"2020-07-05T10:14:48","guid":{"rendered":"http:\/\/aupaysdessoucis.fr\/?p=791"},"modified":"2020-09-21T16:54:06","modified_gmt":"2020-09-21T16:54:06","slug":"memoires-dhadrien-marguerite-yourcenar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/?p=791","title":{"rendered":"M\u00e9moires d&#8217;Hadrien &#8211; Marguerite Yourcenar"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-medium wp-image-800 aligncenter\" src=\"http:\/\/aupaysdessoucis.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/memoires-d-hadrien-178x300.jpg\" alt=\"\" width=\"178\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/memoires-d-hadrien-178x300.jpg 178w, https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/memoires-d-hadrien-300x505.jpg 300w, https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/07\/memoires-d-hadrien.jpg 400w\" sizes=\"auto, (max-width: 178px) 100vw, 178px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les <em><strong>M\u00e9moires d&#8217;Hadrien<\/strong><\/em> furent \u00e9crites par Marguerite Yourcenar (de son vrai nom\u00a0Marguerite Cleenewerck de Crayencour, Crayencour \u00e9tant une anagramme de Yourcenar, ayant v\u00e9cu de 1903 \u00e0 1987)\u00a0apr\u00e8s de nombreuses ann\u00e9es de travail, de recherches et de r\u00e9flexions, et furent publi\u00e9es en 1951.<\/p>\n<p>Commun\u00e9ment\u00a0d\u00e9sign\u00e9es\u00a0comme\u00a0un roman historique, les <em><strong>M\u00e9moires d&#8217;Hadrien<\/strong><\/em> repr\u00e9sentent non seulement une fiction prenant pour toile de fond l&#8217;Histoire, mais aussi un v\u00e9ritable chef-d&#8217;oeuvre litt\u00e9raire, humaniste et philosophique. Par d\u00e9finition, les <em><strong>M\u00e9moires d&#8217;Hadrien<\/strong><\/em>\u00a0constituent un t\u00e9moignage tr\u00e8s personnel de la vie de l&#8217;empereur Hadrien (76-138 ap. J.C.). Mais\u00a0ce r\u00e9cit d&#8217;une vie singuli\u00e8re, et qui nous semble, \u00e0 nous lecteurs du XXIe si\u00e8cle, d&#8217;autant plus \u00e9loign\u00e9e de la notre qu&#8217;elle remonte \u00e0 presque deux mill\u00e9naires, fait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9cho \u00e0 la vie de tous, \u00e0 travers les si\u00e8cles. La vie d&#8217;Hadrien, bien plus que cela, Hadrien lui-m\u00eame, est en fait un homme comme nous tous. \u00c0 partir de son exp\u00e9rience, de son propre exemple, Hadrien m\u00e9dite en livrant ses m\u00e9moires et ses r\u00e9flexions sur la condition des hommes, sur l&#8217;ordre des choses et du monde&#8230; C&#8217;est donc un r\u00e9cit qui doit \u00eatre compris \u00e0 la fois comme une recherche personnelle mais surtout comme une pens\u00e9e s&#8217;\u00e9levant \u00e0 un cadre plus vaste et universel.<\/p>\n<p>Le projet de l&#8217;\u00e9crivain peut se r\u00e9sumer par\u00a0les deux phrases suivantes:<\/p>\n<p>La premi\u00e8re \u00e9crite par Gustave Flaubert: \u00ab Les dieux n&#8217;\u00e9tant plus, et le Christ n&#8217;\u00e9tant pas encore, il y a eu, de Cic\u00e9ron \u00e0 Marc Aur\u00e8le, un moment unique o\u00f9 l&#8217;homme seul a \u00e9t\u00e9. \u00bb<br \/>\nMarguerite Yourcenar ajoute\u00a0:<br \/>\n\u00ab Une grande partie de ma vie allait se passer \u00e0 essayer de d\u00e9finir, puis \u00e0 peindre, cet homme seul et d&#8217;ailleurs reli\u00e9 \u00e0 tout. \u00bb<\/p>\n<p>En effet, Marguerite Yourcenar prend la plume de l&#8217;empereur alors qu&#8217;il \u00e9crit une longue lettre \u00e0 son successeur et fils adoptif Marc-Aur\u00e8le (121-180 ap. J.C.)\u00a0* pour lui\u00a0conter sa vie, des jours avant sa nomination par l&#8217;empereur Trajan, jusqu&#8217;\u00e0 sa mort. La lettre se divise en plusieurs grands chapitres, comme ceux de la vie d&#8217;Hadrien. Plusieurs \u00e9v\u00e9nements rythment sa vie et caract\u00e9risent ces chapitres, comme la rencontre puis l&#8217;amour avec le jeune Grec Antino\u00fcs ou ses grandes oeuvres pour l&#8217;empire (ne voulant pas l&#8217;\u00e9tendre d&#8217;avantage, il cherchait \u00e0 l&#8217;enraciner, \u00e0 \u00ab\u00a0atticiser Rome\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>Ce livre, que je pense avoir lu au moment id\u00e9al de ma vie pour de multiples raisons pas forc\u00e9ment bien \u00e9lucid\u00e9es, m&#8217;a boulevers\u00e9e. J&#8217;ai \u00e9t\u00e9 au premier abord \u00e9merveill\u00e9e par l&#8217;\u00e9rudition de Marguerite Yourcenar et son talent d&#8217;\u00e9criture et de style. Nous avons non seulement l&#8217;impression de lire une excellente traduction du latin, mais aussi une exacte transcription respectant les aspects psychologiques et complexes de la vie et des m\u00e9moires d&#8217;Hadrien. Marguerite Yourcenar a su fusionner et sympathiser (au premier sens du terme, s&#8217;unir) avec l&#8217;empereur. C&#8217;est dire si la conception du livre a eu besoin d&#8217;une longue maturation: l&#8217;intimit\u00e9 extraordinaire entre l&#8217;auteure et l&#8217;empereur, la documentation sans faille et tr\u00e8s pouss\u00e9e, sont autant d&#8217;\u00e9l\u00e9ments qui n\u00e9cessitent des ann\u00e9es de r\u00e9flexions, de lectures et de gestation&#8230; Marguerite Yourcenar \u00e9tait en plus de cela une grande hell\u00e9niste et \u00e9crivaine.<\/p>\n<p>\u00c0 la lecture des M\u00e9moires d&#8217;Hadrien, je me suis inconsciemment imagin\u00e9e \u00eatre tomb\u00e9e sur cette lettre par hasard, en d\u00e9plier les pages et la lire sans aucune pause, ne m&#8217;arr\u00eatant que pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 telle phrase, jouir de l&#8217;esprit et de la beaut\u00e9 qui en \u00e9manaient, et parfois la prendre en note. Je n&#8217;ai jamais d\u00e9sir\u00e9 relever autant de phrases lors d&#8217;une lecture.<\/p>\n<p>Voici quelques extraits (dans l&#8217;ordre du livre) qui ont fortement r\u00e9sonn\u00e9 en moi, et qui r\u00e9sonnent s\u00fbrement en chacun de nous:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le v\u00e9ritable lieu de naissance est celui o\u00f9 l\u2019on a port\u00e9 pour la premi\u00e8re fois un coup d\u2019\u0153il intelligent sur soi-m\u00eame : mes premi\u00e8res patries ont \u00e9t\u00e9 des livres. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Par une l\u00e2chet\u00e9 propre \u00e0 cet \u00e2ge, dont la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 toute physique se d\u00e9pense ailleurs, je n\u2019osais qu\u2019\u00e0 demi me faire confiance \u00e0 moi-m\u00eame ; dans l\u2019espoir de ressembler aux autres, j\u2019\u00e9moussai ou j\u2019aiguisai ma nature.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Notre grande erreur est d\u2019essayer d\u2019obtenir de chacun en particulier les vertus qu\u2019il n\u2019a pas, et de n\u00e9gliger de cultiver celles qu\u2019il poss\u00e8de. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En face d\u2019une occurrence impr\u00e9vue ou quasi d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, d\u2019une embuscade ou d\u2019une temp\u00eate en mer, toutes les mesures concernant les autres \u00e9tant prises, je m\u2019appliquais \u00e0 faire f\u00eate au hasard, \u00e0 jouir de ce qu\u2019il m\u2019apportait d\u2019inattendu, et l\u2019embuscade ou la temp\u00eate s\u2019int\u00e9graient sans heurt dans mes plans ou dans mes songes. M\u00eame au sein de mon pire d\u00e9sastre, j\u2019ai vu le moment o\u00f9 l\u2019\u00e9puisement enlevait \u00e0 celui-ci une part de son horreur, o\u00f9 je le faisais mien en acceptant de l\u2019accepter. [&#8230;]\u00a0Et c\u2019est de la sorte, avec un m\u00e9lange de r\u00e9serve et d\u2019audace, de soumission et de r\u00e9volte soigneusement concert\u00e9es, d\u2019exigence extr\u00eame et de concessions prudentes, que je me suis finalement accept\u00e9 moi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab [&#8230;] j\u2019en voulais \u00e0 leur affection de s\u2019inqui\u00e9ter pour moi plus que moi-m\u00eame, de ne jamais voir, sous les agitations ext\u00e9rieures, l\u2019\u00eatre plus tranquille \u00e0 qui rien n\u2019importe tout \u00e0 fait, et qui par cons\u00e9quent peut survivre \u00e0 tout.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Gr\u00e8ce appauvrie continuait dans une atmosph\u00e8re de gr\u00e2ce pensive, de subtilit\u00e9 claire, de volupt\u00e9 sage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout accroissement nouveau du vaste organisme imp\u00e9rial me semblait une excroissance maladive, un cancer, ou l\u2019\u0153d\u00e8me d\u2019une hydropisie dont nous finirions par mourir. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019entrevoyais la possibilit\u00e9 d\u2019hell\u00e9niser les barbares, d\u2019atticiser Rome, d\u2019imposer doucement au monde la seule culture qui se soit un jour s\u00e9par\u00e9e du monstrueux, de l\u2019informe, de l\u2019immobile, qui ait invent\u00e9 une d\u00e9finition de la m\u00e9thode, une th\u00e9orie de la politique et de la beaut\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Chaque fois qu\u2019\u00e0 mon tour le destin m\u2019a dit non, je me suis souvenu de ces pleurs vers\u00e9s un soir, sur une rive lointaine, par un vieil homme qui regardait peut-\u00eatre pour la premi\u00e8re fois sa vie face \u00e0 face.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>(cette phrase m&#8217;en rappelle une de Romain Gary dans Chien Blanc: \u00ab\u00a0J&#8217;\u00e9cris ces notes \u00e0 Guam, face \u00e0 mon fr\u00e8re l&#8217;Oc\u00e9an. J&#8217;\u00e9coute, je respire son tumulte qui me lib\u00e8re: je me sens compris et exprim\u00e9. Seul l&#8217;Oc\u00e9an dispose des moyens vocaux qu&#8217;il faut pour parler au nom de l&#8217;homme. \u00bb)<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Ma propre vie ne me pr\u00e9occupait plus: je pouvais de nouveau penser au reste des hommes. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand on aura all\u00e9g\u00e9 le plus possible les servitudes inutiles, \u00e9vit\u00e9 les malheurs non n\u00e9cessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus h\u00e9ro\u00efques de l\u2019homme, la longue s\u00e9rie des maux v\u00e9ritables, la mort, la vieillesse, les maladies non gu\u00e9rissables, l\u2019amour non partag\u00e9, l\u2019amiti\u00e9 rejet\u00e9e ou trahie, la m\u00e9diocrit\u00e9 d\u2019une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes : tous les malheurs caus\u00e9s par la divine nature des choses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fonder des biblioth\u00e8ques, c\u2019\u00e9tait encore construire des greniers publics, amasser des r\u00e9serves contre un hiver de l\u2019esprit qu\u2019\u00e0 certains signes, malgr\u00e9 moi, je vois venir. J\u2019ai beaucoup reconstruit : c\u2019est collaborer avec le temps sous son aspect de pass\u00e9, en saisir ou en modifier l\u2019esprit, lui servir de relais vers un plus long avenir ; c\u2019est retrouver sous les pierres le secret des sources.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je compris que ses m\u00e9ditations l\u2019induisaient \u00e0 croire que l\u2019univers tout entier n\u2019est qu\u2019un tissu d\u2019illusions et d\u2019erreurs : l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, le renoncement, la mort, \u00e9taient pour lui le seul moyen d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce flot changeant des choses, par lequel au contraire notre H\u00e9raclite s\u2019est laiss\u00e9 porter, de rejoindre par-del\u00e0 le monde des sens cette sph\u00e8re du divin pur, ce firmament fixe et vide dont a aussi r\u00eav\u00e9 Platon.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Et tant d&#8217;autres encore que je ne peux pas toutes les mettre!!!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>*Dans\u00a0la Rome imp\u00e9riale, la pratique de l\u2019adoption permettait aux empereurs de d\u00e9signer un successeur qui\u00a0n&#8217;\u00e9tait pas leur fils naturel.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Les M\u00e9moires d&#8217;Hadrien furent \u00e9crites par Marguerite Yourcenar (de son vrai nom\u00a0Marguerite Cleenewerck de Crayencour, Crayencour \u00e9tant une anagramme de Yourcenar, ayant v\u00e9cu de 1903 \u00e0 1987)\u00a0apr\u00e8s de nombreuses ann\u00e9es de travail, de recherches et de r\u00e9flexions, et furent publi\u00e9es en 1951. Commun\u00e9ment\u00a0d\u00e9sign\u00e9es\u00a0comme\u00a0un roman historique, les M\u00e9moires d&#8217;Hadrien repr\u00e9sentent non seulement une fiction prenant&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-791","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/791","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=791"}],"version-history":[{"count":15,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/791\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":851,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/791\/revisions\/851"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=791"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=791"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=791"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}