
{"id":197,"date":"2019-07-06T20:55:02","date_gmt":"2019-07-06T20:55:02","guid":{"rendered":"http:\/\/aupaysdessoucis.fr\/?p=197"},"modified":"2020-02-05T13:24:12","modified_gmt":"2020-02-05T13:24:12","slug":"noces-avec-camus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/aupaysdessoucis.fr\/?p=197","title":{"rendered":"Noces avec Camus"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ffc552;\"><em>Noces<\/em><\/span><\/h2>\n<hr \/>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>Noces<\/em>\u00a0rassemble quatre courts textes dont la dimension autobiographique\u00a0est ind\u00e9niable. L&#8217;\u00e9crivain y \u00e9voque l&#8217;Alg\u00e9rie de sa jeunesse, terre naturelle o\u00f9 l&#8217;homme\u00a0peut\u00a0s&#8217;accomplir\u00a0et m\u00e9diter sur son existence. Il cherche une liaison \u00e9troite et intime avec la nature, une association indispensable et in\u00e9vitable \u00e0 sa construction, \u00e0\u00a0sa propre int\u00e9gration dans la vie.<\/p>\n<p>La ville de ruines et la nature qui l&#8217;entourent sont \u00e0 plusieurs reprises personnifi\u00e9es,\u00a0on entend les allusions f\u00e9minines que fait l&#8217;auteur. Il commence d&#8217;ailleurs le recueil utilisant la premi\u00e8re personne du pluriel, un &#8220;nous&#8221;\u00a0signifiant qu&#8217;il est accompagn\u00e9, par une pr\u00e9sence plus ou moins concr\u00e8te mais bien vivante et inspiratrice. C&#8217;est une aventure tr\u00e8s sensorielle voire sensuelle dans laquelle nous plonge le narrateur. Les mots et la syntaxe sont simples, s&#8217;alignant avec la personnalit\u00e9 et l&#8217;histoire de l&#8217;auteur, ainsi que la simplicit\u00e9 de la beaut\u00e9 de la nature, mais aussi du &#8220;singulier pays&#8221; qu&#8217;est l&#8217;Alg\u00e9rie.<\/p>\n<p>Camus \u00e9voque\u00a0une existence absurde, dont il est conscient. Il fait preuve d&#8217;une tr\u00e8s grande lucidit\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de sa condition et de celle des hommes.<\/p>\n<p>La mort est quelque chose dont on ne peut avoir peur ou\u00a0que l&#8217;on ne peut appeler. Il faut en \u00eatre lucide m\u00eame si cela s&#8217;av\u00e8re douloureux.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00abMais les hommes meurent malgr\u00e9 eux, malgr\u00e9 leurs d\u00e9cors. On leur dit : \u00ab Quand tu seras gu\u00e9ri&#8230; \u00bb, et ils meurent. Je ne veux pas de cela. [&#8230;] Pour moi, devant ce monde, je ne veux pas mentir ni qu&#8217;on me mente. <strong>Je veux porter ma lucidit\u00e9 jusqu&#8217;au bout et regarder ma fin avec toute la profusion de ma jalousie et de mon horreur.\u00a0<\/strong><\/em><em>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le narrateur nous invoque de ne plus vivre de\u00a0cette <strong>fatalit\u00e9<\/strong> qui nous r\u00e9git tous, ni de\u00a0<strong>l&#8217;espoir<\/strong> qui fait de nous des hommes <strong>malheureux<\/strong> d&#8217;un id\u00e9al impossible. Il veut vivre dans le <strong>pr\u00e9sent<\/strong>, et s&#8217;il n&#8217;\u00e9voque pas vraiment la r\u00e9volte dans <em>Noces<\/em>, il se veut profond\u00e9ment <strong>lucide<\/strong> et conscient.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab Cr\u00e9er des morts conscientes, c&#8217;est diminuer la distance qui nous s\u00e9pare du monde, et entrer sans joie dans l&#8217;accomplissement, conscient des images exaltantes d&#8217;un monde \u00e0 jamais perdu. \u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il parle de l&#8217;Alg\u00e9rie\u00a0comme une terre sans souvenirs, d\u00e9munie de tout,\u00a0 mais o\u00f9 les hommes, m\u00eame dans la mis\u00e8re, peuvent mieux se nourrir de la vie.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00abCe qu&#8217;on peut aimer \u00e0 Alger, c&#8217;est ce dont tout le monde vit : la mer au tournant de chaque rue, un certain poids de soleil, la beaut\u00e9 de la race.\u00a0[&#8230;]\u00a0 \u00c0 Paris, on peut avoir la nostalgie d&#8217;espace et de battements d&#8217;ailes. Ici, du moins, l&#8217;homme est combl\u00e9, et assur\u00e9 de ses d\u00e9sirs, il peut alors mesurer ses richesses. [&#8230;]\u00a0Ce pays est sans le\u00e7ons. Il ne promet ni ne fait entrevoir. Il se contente de donner, mais \u00e0 profusion. Il est tout entier livr\u00e9 aux yeux et on le conna\u00eet d\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 l&#8217;on en jouit. <strong>Ses plaisirs n&#8217;ont pas de rem\u00e8de, et ses joies restent sans espoir.<\/strong> Ce qu&#8217;il exige, ce sont des \u00e2mes clairvoyantes, c&#8217;est-\u00e0-dire sans consolation. Il demande qu&#8217;on fasse un acte de lucidit\u00e9 comme on fait un acte de foi. <strong>Singulier pays qui donne \u00e0 l&#8217;homme qu&#8217;il nourrit \u00e0 la fois sa splendeur et sa mis\u00e8re !\u00a0<\/strong>\u00bb<\/em><\/p>\n<p>La solution (ou du moins une des possibles r\u00e9ponses \u00e0 cette existence absurde et angoissante) est de vivre d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, spectateur et acteur de la beaut\u00e9 naturelle du monde et des hommes. C&#8217;est un long et laborieux apprentissage pour finalement conna\u00eetre le bonheur.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00abCe grand cri de pierre que Djemila jette entre les montagnes, le ciel et le silence, j&#8217;en sait bien la po\u00e9sie : lucidit\u00e9, indiff\u00e9rence, les vrais signes du d\u00e9sespoir ou de la beaut\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00abCe qu&#8217;on peut aimer \u00e0 Alger, c&#8217;est ce dont tout le monde vit : la mer au tournant de chaque rue, un certain poids de soleil, la beaut\u00e9 de la race. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><em>\u00ab<strong>J&#8217;apprends qu&#8217;il n&#8217;est pas de bonheur surhumain, pas d&#8217;\u00e9ternit\u00e9 hors de la courbe des journ\u00e9es.<\/strong> Ces biens d\u00e9risoires et essentiels, ces v\u00e9rit\u00e9s relatives sont les seules qui m&#8217;\u00e9meuvent. Les autres, les \u00ab id\u00e9ales \u00bb, je n&#8217;ai pas assez d&#8217;\u00e2me pour les comprendre. Non qu&#8217;il faille faire la b\u00eate, mais je ne trouve pas [48] de sens au bonheur des anges.\u00a0 [&#8230;]\u00a0Je n&#8217;exprime pas ici une complaisance de la cr\u00e9ature dans sa condition. C&#8217;est bien autre chose. Il n&#8217;est pas toujours facile d&#8217;\u00eatre un homme, moins encore d&#8217;\u00eatre un homme pur. [&#8230;]\u00a0Mais enfin, ce qui me nie dans cette vie, c&#8217;est d&#8217;abord ce qui me tue. Tout ce qui exalte la vie, accro\u00eet en m\u00eame temps son absurdit\u00e9. Dans l&#8217;\u00e9t\u00e9 d&#8217;Alg\u00e9rie, <strong>j&#8217;apprends qu&#8217;une seule chose est plus pratique que la souffrance et c&#8217;est la vie d&#8217;un homme heureux.<\/strong> Mais ce peut \u00eatre aussi bien le chemin d&#8217;une plus grande vie, puisque cela conduit \u00e0 ne pas tricher. \u00bb<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Tellement de choses \u00e0 dire et \u00e0 approfondir sur ce mince recueil ! Mon\u00a0esprit fourmille d&#8217;id\u00e9es que je ne peux pas toutes exprimer. Chaque phrase m\u00e9riterait d&#8217;\u00eatre cit\u00e9e et contempl\u00e9e, r\u00e9fl\u00e9chie et assimil\u00e9e, car Camus nous offre une v\u00e9ritable ouverture sur la vie. Entre vision d\u00e9pressive\u00a0ou pessimiste et enthousiasme \u00e9clatant, on ne peut qu&#8217;appr\u00e9cier ces lignes qui nous concernent tous et qui nous rassurent. Cependant, comme l&#8217;auteur le souligne, il s&#8217;agit d&#8217;un long apprentissage, d&#8217;une sagesse \u00e0 acqu\u00e9rir par la m\u00e9ditation sur nous-m\u00eame et sur le monde.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/cdn.radiofrance.fr\/s3\/cruiser-production\/2013\/11\/b6bac8fb-47d4-11e3-af2e-782bcb73ed47\/838_photocamus.jpg\" alt=\"photo\" width=\"255\" height=\"357\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Noces &nbsp; Noces\u00a0rassemble quatre courts textes dont la dimension autobiographique\u00a0est ind\u00e9niable. L&#8217;\u00e9crivain y \u00e9voque l&#8217;Alg\u00e9rie de sa jeunesse, terre naturelle o\u00f9 l&#8217;homme\u00a0peut\u00a0s&#8217;accomplir\u00a0et m\u00e9diter sur son existence. 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